Je ne sais plus pourquoi je t'aime de Gabrielle Zevin
"Avant tout, mon histoire est une histoire d'amour. Et comme toutes les histoires d'amour, celle ci met en jeu le hasard, la gravité et un coup sur la tête. Tout à commencé avec une pièce jetée en l'air. La pièce est tombée côté pile. J'avais choisi face. Si les choses s'étaient passées comme je le voulais, il n'y aurait peut être pas d'histoire. Juste un chapitre ou une phrase dans un livre dont le sujet général ne serait pas encore décidé. Peut-être aurait-il contenu le plus léger des murmures d'amour, mais peut-être pas. Parfois, on est obligé de perdre."
Je ne sais plus pourquoi je t'aime, est, comme l'indique le titre, une histoire d'amour. Mais ce roman ne se limite pas à ça, non. Il présente la quête d'identité à laquelle est confrontée tout adolescent. Naomi, ayant perdu la mémoire concernant les quatre dernières années de sa vie, réalise cette quête de manière d'autant plus intense. Après une mauvaise chute, elle se réveille à l’hôpital sans se rappeler de ses années d'adolescence. Elle est alors amenée à remettre toute sa vie et ses choix en question. Elle voit l'évolution qu'elle a connu avec les yeux de la personne qu'elle était quatre années auparavant, et prend du recul, se demande si elle est devenue ce qu'elle aurait voulu être.
Ce roman, c'est le récit d'un nouveau départ. Celui d'une jeune fille qui doit affronter ce qu'elle était devenue pour oser exprimer ce qu'elle est maintenant, et définir ce qu'elle voudrait devenir. La structure du roman rend cela très explicite. En effet, il est découpé en trois parties "J'étais" "Je suis" et "Je serais". Nous voyons de très près l'évolution de Naomi, ses attentes, ses échecs, son errance; car le récit est mené à la première personne.
Le quête de soi est donc placée au centre du roman, et c'est sûrement la raison pour laquelle j'ai tant aimé ce livre. En effet, les personnages (bien qu'étant tous des clichés du roman pour ados) sont vraiment attachants, car il est aisé de reconnaître en eux l'adolescent que l'on est ou que l'on a été. Car qu'est-ce que l'adolescence, sinon la recherche et l'affirmation de soi-même ? Ce processus d'identification serait bien plus faible pour un adulte, il me semble. Ce roman parle d'adolescents et est clairement destiné aux adolescents.
L'histoire d'amour.. Parlons-en, puisqu'elle représente une grande partie du texte et à une place centrale dans la recherche de l'identité de Naomi. Comme dans la plupart des romans pour adolescentes, nous avons le droit au récit des amourettes de Naomi. Cela pourrait être mièvre, sucré et donc totalement sans intérêt (à part celui d'émoustiller les jeunes filles en fleur, cela va de soi) mais ce n'est pas le cas. C'est une histoire de désillusions, de déceptions, mais aussi d'espoir. Pas d'idéalisation de l'amour, pas de prince charmant, mais une peinture plutôt fidèle de la réalité (bien que fortement romancé bien sûr) avec ses joies et ses souffrances. Naomi découvre l'amour, en tâtonnant en trébuchant, comme tous les adolescents.
En conclusion, ce livre est basé sur un processus d'identification fort, tout l’intérêt du roman réside là dedans. En effet, vous pouvez (comme moi) vous identifier à cette jeune fille, et ne plus décrocher du roman, le dévorer, ne plus vouloir qu'il finisse car vous vous sentez compris, profondément; ou ne pas du tout vous reconnaître en elle et donc, passer à côté du roman et le trouver très moyen.
Bilan mitigé pour ce roman, qui est plutôt tourné vers un public assez jeune. (collégiens, lycéens ou jeunes étudiants).
Citations marquantes:
"Notre heure était passée, en quelque sorte. C'était différent. Lui aussi l'était. Sans notre "folie" (comment l'appeler autrement?) pour nous unir, il ne restait plus grand chose. Ou alors, peut être s'était-il passé trop de choses en trop peu de temps. C'est comme quand on fait un voyage avec quelqu'un qu'on ne connait pas très bien. Parfois, on peut devenir très proches très vite, mais ensuite, après la fin du voyage, on se rend compte que c'était une proximité factice. Une intimité plus fondée sur le voyage que sur les voyageurs en quelque sorte."
" Tout finit par s'oublier de toute manière. D'abord on oublie tout ce qu'on a appris : les dates de la guerre de Cent Ans, le théorème de Pythagore. On oublie surtout ce qu'on n'a pas vraiment appris mais qu'on a juste mémorisé la veille au soir. On oublie les noms de pratiquement tous ses profs à part un ou deux, qu'on finira par oublier eux aussi. On oublie son emploi du temps de première, sa place dans la classe, le numéro de téléphone de son meilleur ami et les paroles de cette chanson qu'on a bien écouté un million de fois. Pour moi, c'en était une de Simon & Garfunkel. Qui sait laquelle ce sera pour toi ? Et finalement, mais lentement, tellement lentement, on oublie ses humiliations... Même celles qui semblaient indélébiles finissent par s'effacer. On oublie qui était branché et qui ne l'était pas, qui était beau, intelligent,sportif ou pas. Qui est allé dans une bonne fac. Qui donnait les meilleures fêtes. Qui pouvait vous procurer de l'herbe. On les oublie tous. Même ceux qu'on disait aimer, et même ceux qu'on aimait vraiment. Ceux là sont les derniers à disparaître. Et ensuite, une fois qu'on a suffisamment oublié, on aime quelqu'un d'autre. "
" Peut-être était-ce la vie, tout simplement ? Redevenir sans cesse orphelin. On devrait nous le dire à la naissance : mets ton coeur dans une valise, prépare toi à voyager."

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