Le cueilleur de fraises de Monika Feth
" Il ne comprenait pas qu'on puisse parler sans arrêt. La plupart des gens ne distinguaient pas l'accessoire de l'essentiel, vous mitraillaient de mots stupides et médiocres. Enfant déjà, il avait appris à se protéger en se repliant sur lui-même. Il aimait voir remuer les lèvres de son vis-à-vis, sans qu'aucun son atteigne ses oreilles. "
Je ne vais pas vous résumer le cueilleur de fraises, et je vous déconseille de lire le résumé de la quatrième de couverture. Il dévoile une très grande partie de l'intrigue, et je trouve cela regrettable. Je vais donc essayer de vous en définir l'essence sans passer par la case "résumé".
Le cueilleur de fraises est un thriller psychologique où se mêlent plusieurs voix. Celle du meurtrier qui ouvre le roman avec la citation ci-dessus, et des différents personnages, parfois à la première personne, parfois à la troisième. J'ai apprécié ce changement de point de vue, car il donne de la profondeur à tous les personnages, auxquels on s'attache aisément. Les changements de personnages peuvent avoir lieu au beau milieu d'un chapitre, ils sont notifiés par " *** ", cependant il est parfois difficile de savoir qui parle. En effet, on peut croire qu'il s'agit d'un personnage, alors que ce n'est pas le cas, il arrive donc de devoir relire tout un chapitre parce qu'on ne l'a pas compris. Pour certaines personnes, cela peut être très désagréable. Personnellement, ça ne m'a pas dérangé, il est même amusant de chercher qui parle.
Être placé dans l'esprit du criminel enlève tout le suspens de l'histoire. On sait dès le début de qui il s'agit, au contraire des autres personnages. Ne vous attendez donc pas à jouer au détective, ce n'est pas du tout l'objectif de ce livre. En effet, ce roman est très tourné vers la psychologie des personnages. Il est assez déroutant de capter les pensées d'un meurtrier, car l'auteur nous permet de le comprendre sans pour autant le justifier. Ce procédé peut parfois nous mettre mal à l'aise, car les pensées du criminel sont dérangeantes. Parfois, on dit vouloir connaître le motif d'un crime ; mais capter les pensées d'un meurtrier, c'est réellement dérangeant. Parce qu'on ne peut pas se contenter de le blâmer et de le haïr. On sent qu'il a un profond problème psychologique, voir une maladie mentale. Ce n'est pas seulement un sadique sanguinaire, mais aussi un personnage dont on nous dévoile la profondeur, bien qu'elle soit très sombre.
Néanmoins, le livre m'a tenue en haleine jusqu'aux dernières pages. Car même si on sait qui est le coupable, on voit les autres personnages qui ignorent tout, qui se mettent en danger. On attend que le désastre arrive, et on espère qu'ils vont l'éviter. Il y a une certaine tension qui s'intensifie au fil des pages, c'est vraiment prenant.
Dans ce roman se développe parallèlement une réflexion sur l'écrivain. En effet, la mère du personnage principal écrit des polars et est devenue très célèbre pour ça. Au début du livre, il y a tout un questionnement autour de l'écriture. Pourquoi écrire ? Comment ?L'auteur nous donne donc son ressenti envers son métier à travers un personnage qui partage certains aspects de sa personne.
Dans l'ensemble ce livre m'a plu. Ce n'est pas de la grande littérature, mais c'est très prenant et assez original. Personnellement, je l'ai dévoré. C'est un livre divertissant, le style est assez fluide, plutôt oral. Ne vous attendez pas à un chef d'oeuvre, c'est juste un bon livre pour passer le temps. Et même si Monika Feth compare son meurtrier à Grenouille du roman Le parfum, les deux romans sont incomparables quant à leur qualité littéraire. D'ailleurs, le roman a été publié dans la collection jeunes adultes, cela en dit long sur son contenu.
Ce roman est le premier d'une trilogie, les deux suivants Le peintre des visages et Le voleur d'éclats s'inscrivent dans la même lignée, avec les mêmes personnages. Cette description est donc valable pour les trois. Le meilleur étant, selon moi, le deuxième.
Citations marquantes :
" Le soleil, haut dans le ciel, était une boule chauffée à blanc. Je t'en prie ! Brûle ces pensées qui me tiennent au corps ! implora t-il. Ces pensées, et ces sentiments ! Mais le soleil n'était que le soleil. Il n'avait pas le pouvoir n'exaucer ses voeux. Seule une fée avait ce pouvoir. Elle était jeune. Belle. Et innocente. Surtout innocente. Et sur terre rien que pour lui. "
" Maman avait toujours eu besoin d'écrire. Pour "supporter le quotidien", selon sa propre expression. A l'époque, elle le ressentait peut-être encore davantage, parce qu'en plus du quotidien, elle devait supporter mon père. "
" Elle s'imaginait peut-être vraiment que j'étais jolie. A son image. Je ne l'étais pas. Je n'avais jamais voulu l'être. Et, même si mon apparence n'avait rien d'extraordinaire, je ne l'aurais pas échangée contre toute la beauté du monde. J'étais moi, et beaucoup ne pouvaient en prétendre autant. "
"Je l'observai plus attentivement. Et si son apparence recherchée n'état qu'une façade ? Une parfaite cuirasse ? Je sentais littéralement son énergie affluer vers moi, par dessus la table. C'était toujours pareil, au début d'un nouveau livre. Elle sortait ses tentacules et palpait chaque personne, chaque bruit et chaque odeur."

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